Bandeau
mardi 19 juin 2012
lundi 18 juin 2012
Vacuité 1
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© Victor
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Le quai le long du canal est désert. L’averse est terminée. Le ciel chargé de nuages filtre la lumière de midi et estompe les couleurs. Une goutte sur l’anneau de métal retient son souffle et hésite à tomber. Que va-t-il se passer ? Rien. Où ? Nulle part. Qui pense ? Personne. L’espace est vide, aucune action, pas d’idée. Vacuité… |
dimanche 17 juin 2012
Mauvais sens
Quelqu’un m’a dit qu’un canal à Paris
S’est perdu entre les tentes des enfants de la Manche
Les flots gris sous les arches des ponts s’égarent
Dans le souvenir sanglant de la fourragère rouge de Papon
Les papiers sont ramassés sur la chaussée
Les sans-papiers poursuivis par la maréchaussée
La Rolex clinquante ne détonne point à la lanterne
L’or ripaille car la brune y hante les bienheureux des enfers
La TV pub et soumise s’est tue quelques instants
La sarcophage empêchée de pondre
Alors le vent nous emportera en roue lib’
Dans les couloirs des taxis en colère
Il reviendra le goût de la cerise
Serait-ce possible encore ?
Victor
(texte écrit le 17 février 2008)
samedi 16 juin 2012
Chacone
Il est vautré sur le canapé. Il ne dort pas et songe aux événements de la nuit. Son oreille ne lui fait plus mal, mais c’est vrai qu’elle est salement amochée.
Il a pu s’échapper après avoir escaladé avec difficulté la grille, à cause sans doute des rhumatismes dus à son âge avancé. Cette maison qu’il squatte dans ce quartier retiré de la banlieue, lui sert une fois de plus de refuge.
Il repense à sa jeunesse, à ceux de sa race, fiers et valeureux, vêtus de leurs tuniques à long poils dont la couleur tire légèrement sur le roux sous la lumière rasante du soleil.
Il aurait besoin d’un peu de soins. Depuis combien de temps n’a-t-il pu goûter à la douceur d’une vraie toilette ? Encore que prendre un bain n’a jamais été sa tasse de lait. Mais il y a tellement de plaisir à se faire pomponner par des mains expertes.
C’est difficile de se faire comprendre quand il faut vivre parmi des étrangers. Au début il gardait le silence. Parmi les siens la parole n’était pas essentielle, mais maintenant pour communiquer il faut se faire entendre.
Dans le roman de Haruki Murakami et les bandes dessinées de Joann Sfar, le dialogue est possible avec certains individus. Cela lui semble cependant guère réaliste, un peu magique même.
Depuis que sa mère est morte, il n’a plus de famille. Il n’a pas de compagne, ni d’enfant, à cause de cette foutue opération.
Le souvenir qu’il garde de ses parents est très flou. Il est indéfectiblement lié aux splendeurs de la Perse. Ils n’ont pourtant jamais vécu là-bas !
C’était avant la révolution islamique et on lui racontait qu’un “chat” dominait le pays et maintenait les populations dans l’oppression avec une poigne de fer. Étant petit cela le fascinait que quelqu’un de sa race puisse dominer de cette façon autant d’hommes et de femmes, même si au fond de lui il n’approuvait pas.
Car l’humanité il ne faut pas la mépriser. C’est grâce à elle qu’il peut survivre. Ce sont des hommes et des femmes qui lui donnent à manger. Parfois il faut un peu quémander, se frotter, s’accrocher quitte à se retrouver coincé dans les mailles d’un vêtement. Ce n’est plus la dextérité d’antan. Mais après, il suffit d’un simple roucoulement de satisfaction pour remercier ses hôtes, le ventre plein. Ce n’est pas trop cher payé !
À propos de ventre, il pèse un peu. Il a trop bu tout à l’heure. Il faut qu’il aille se soulager. Il se dresse. Un petit stretching — il étire les pattes avant, il étire les pattes arrière — et d’un bond il saute sur le carrelage. En deux temps trois mouvements le voici devant la porte. Il s’assoit, les pattes de derrière repliées. Il rectifie le port de la tête et commence à miauler…
Victor
(texte écrit le 28 janvier 2007)
vendredi 15 juin 2012
Gazouillis
“Gaza, Gaza, oui ! Un habitant de là s’appelle un Gazaoui gazaoui au monde un Gazaoui - c’est qui ? Un Gazaoui - c’est lui ?”
Les voix de soprano, mezzo-soprano et baryton disent, chantent le poème de Sylvie Nève : “Bande de Gaza”.
Les percussions et le violoncelle soulignent tantôt le récit, tantôt la mélopée de ce quatuor vocal qui se produit sur une musique d’Éric Daubresse dans une petite salle d’un théâtre de banlieue.
Gaza, bande de terre coincée entre l’État d’Israël et la mer, Gaza surpeuplée, envahie par la pollution, qui n’a presque plus d’eau douce et dont la clameur retentit dans le monde entier.
Tour de Babel élevée à la place des villages détruits et des terres expropriées, territoire de réfugiés dont la souffrance, l’espoir et les luttes trouvent écho dans cet oratorio.
Autour de la bande, il y a des peuples de diverses religions, cultures et nationalités : juifs, ismaéliens, musulmans, chrétiens… Et les voix égrènent dans une longue litanie ceux qui sont autour de Gaza : Égyptiens, Palestiniens, Israéliens, Cisjordaniens, Jordaniens… Proximité géographique d’abord qui peu à peu vise à l’universalité : Coréens du sud, Coréens du nord, Suédois, Québécois, Mexicain, Japonais…
Les projecteurs éclairent de plus en plus largement la scène recouverte de bandes de gaze aux couleurs ocres du désert qui reconstituent une carte ancienne de la Palestine. Et puis les spectateurs sont eux-mêmes intégrés dans le halo de lumière.
“il y a autour tout autour de Gaza de Gaza il y a il y a il y a des femmes il y a des hommes il y a des enfants […] il y a des gens, aussi”
Gaza, prison à ciel ouvert, entourée de clôtures, de barbelés et de murs ; frontières infranchissables.
“[…] territoires reclus les enfants ne parviennent pas obtiennent pas les permis pour délivrés pour traverser traverser le mur.”
Et le spectacle terminé, les mots de Sylvie Nève interrogent : “Je regarde Le Mur de Simone Bitton. Qui escalade le mur ? Qui escalade la violence ?”
Mur en construction sur le territoire de Cisjordanie après ceux érigés autour de la Bande de Gaza pour asseoir la colonisation par l’état sioniste et qui a fait l’objet d’un film documentaire récent…
Murs de béton, de barbelés, murs électroniques, construits sur la frontière mexicaine par les États Unis sous la férule de l’administration Bush et bientôt entre communautés chiites et sunnites en Iraq…
Mur d’Heiligendamm en Allemagne pour “protéger”, lors de la conférence du G8, les représentants des nations les plus riches qui s’arrogent le droit de décider de l’avenir du Monde…
Mur, mur des mots parfois quand “immigration choisie” rime avec “identité nationale” et que la non délivrance d’un visa empêche la fiancée syrienne de retrouver son mari. Pas dans le Golan, non, à Paris en 2007 !
Victor
(texte écrit le 6 juin 2007)
Victor
(texte écrit le 6 juin 2007)
jeudi 14 juin 2012
mercredi 13 juin 2012
Autour de V…
« LILI JTM ». Les graffitis sur les plaques de ciment sont presque recouverts par les herbes folles. Les chats noirs occupent le terrain sans prêter attention à ces excès d’art scriptural qui maculent les clôtures des propriétés voisines.
Il y a longtemps déjà qu’on ne peut plus lire, marqués à la peinture blanche, les mots « graciez les Rosenberg » et « Rigdway assassin », sur le mur de l’ancien couvent le long du boulevard où passaient dans le chuintement de leur moteur électrique les trolleybus, écolo avant l’heure.
La foulée encore généreuse ne fait qu’une bouchée du quartier des contes de fées et les sept nains sont renvoyés à leur chorégraphie aérienne dans le ballet d’Angelin Preljocaj.
La descente vers le fleuve est amorcée à travers les rues sans âme de cette banlieue où la Belle au bois dormant n’a pas été plongée dans un profond sommeil en filant à son rouet mais en se piquant à une épine.
Une corneille fait le guet au sommet du grand chargeur bleu dont la roue à godets attend le charbon qui alimentera la centrale thermique.
Un vent doux souffle de Kabylie et au loin on entend le rire joyeux d’une princesse parce que là-bas l’été ne fait que commencer.
La guitare manouche de Sanseverino égrène les notes d’une chanson du vieux clown qui a terminé son dernier tour de piste.
Non, ce n’est que le clapotis de l’eau et le murmure des turbines sous leurs enveloppes de béton, coquilles d’escargots géantes qui jalonnent le passage.
Plus loin, le temps change. Le ciel se couvre, les couleurs s’estompent dans la grisaille. L’esprit vagabonde. Sur l’autre rive, on aperçoit la ville voisine à travers un léger brouillard. Le même qu’en cet automne triste après la mort du père quand on pouvait lire sur la pierre, là où l’enduit s’était détaché, l‘inscription ancienne « limite de lamanage »…
Le cœur bat régulièrement, aucune douleur ne se fait encore sentir. Le pont et les écluses ont été avalés et les immeubles neufs indiquent le changement de direction pour revenir vers le centre.
Un RER multicolore, tellement décoré qu’il paraît pré-tagué, passe sur le remblai dans un vrombissement familier. Il remémore les trains du Paris-Orléans emmenés par les 2D2 et BB, pantographe avant abaissé, que nous allions regarder depuis le pont au dessus des voies chaque fois que c’était possible.
Le collège apparaît, à proximité des jardins ouvriers où poussent les Belles de Fontenay chères à Pouy, sur les flancs du fort militaire où il n’y a pas si longtemps, on fusillait encore au nom de la France.
Là-bas une lumière bleue clignote dans le matin sur le véhicule de secours immobile près des grues du chantier voisin. Un apprenti est passé à travers une trémie mal rebouchée !
Heureusement, plus de peur que de mal. Il s’en est fallu de peu que sur le logo bleu et rouge, les lettres blanches du nom de l’entreprise avancent d’un rang dans l’alphabet pour inscrire « DCD ».
Est-ce la même ambulance qui en ce premier jour d’été stationnait près du vieil homme couché sur le trottoir devant le centre commercial, qui semblait dormir et qui ne s’est jamais réveillé, une chaussure dérisoire, défaite à côté de lui ?
Et celle qui est restée sans jamais avoir complètement séché ses larmes, parce qu’il faut continuer à vivre remonte consciencieusement la pendule désormais silencieuse dans la chambre et qui attend…
Des battements se font sentir dans la poitrine, musique sourde d’un orchestre oublié. Est-ce Clara qui dirige un concert de son vieux mari ou bien est-ce l’effort pour monter la voie Schumann sur le versant du coteau ?
En tout cas, cette fois-ci encore la camarde en a pris plein la vue et est restée sur place loin derrière. Pourtant entre ses dents usées on a pu entendre un ricanement : « Un jour ce sera au tour de V… »
Victor
(texte écrit le 12 juillet 2009)
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