Bandeau
dimanche 8 juillet 2012
samedi 7 juillet 2012
vendredi 6 juillet 2012
Il était une fois…
L’homme de lettres gare son vélo jaune à proximité du hall d’entrée. Il abaisse la petite béquille latérale afin de stabiliser son engin et s’avançant de quelques pas, présente son badge électronique fraîchement programmé, devant la tête de lecture Vigik. La serrure électromagnétique privée d’énergie se décondamne et la porte s’ouvre, version moderne du “tire la chevillette et la bobinette cherra”. Il dépose alors dans la boîte à lettres l’opus du mois de mars des hors séries de Télérama : “Fraternité”…
Elles étaient là rassemblées dans ce parc départemental qui jouxte la voie ferrée, au pieds de la cité rouge brique, splendeur de la reconstruction d’après guerre de cette banlieue ouvrière. La jeune fille toute de bleu vêtue “Égalité”, sa sœur immaculée en robe blanche “Fraternité” et l’autre tout entière de couleur pourpre “Liberté”, ne pouvaient cacher leur inquiétude suite à l’appel pressant et désespéré de leur mère “la République”.
Sur la scène, car il s’agit de théâtre, le Créateur s’entretient avec l’Auteur. (À toute pièce, il faut un auteur qu’on puisse conspuer si les spectateurs n’ont pas aimé ou applaudir dans le cas contraire.) Ils discutent de la représentation qui sera donnée dans quelque instants : un auto-sacramental, sur les malheurs de la République, une fresque allégorique qui utilise le grotesque pour provoquer la réflexion sur le présent, l’actualité.
C’est un Créateur laïque, qui attrape le fou rire quand il apprend que non seulement il a un représentant sur terre mais de plus qu’il s’appelle Benoît… Il doit construire une fresque sur la république mais est confronté au drame que vivent ses personnages dans les méandres de la lutte pour le pouvoir. Il y a là le Président, le Juge, l’homme d’affaires Dow Jones, un sémillant new-yorkais au maquillage évoquant celui du Joker dans le Batman de Tim Burton, la République et ses trois filles, Liberté, Égalité et Fraternité, laissées en plan dans le parc et puis aussi plein d’autres personnages dont un jardinier prénommé Pablo, complice de la République et qui voudrait pulvériser un puissant insecticide sur la petite Liberté qu’il trouve couverte de parasites : libéralisme, libre échange, etc.
C’est du théâtre joué non seulement pour divertir, mais pour changer la vie tel le “théâtre de l’opprimé” d’Augusto Boal dans les années 1960-70. C’est d’ailleurs aussi en Amérique latine qu’est né le théâtre Aleph, dans le Chili démocratique, en pleine effervescence révolutionnaire au temps de la présidence de Salvador Allende. La troupe a connu ensuite les affres de la répression, de l’emprisonnement et de l’exil pendant les années de plomb de la dictature d’Augusto Pinochet. Elle a ensuite continué à vivre en France, d’abord hébergée puis résidant dans un petit théâtre de la région parisienne sous la direction d’Oscar Castro.
Théâtre convivial, s’il en est, où ce soir là, les spectateurs accueillis par les acteurs déjà grimés sont invités à s’asseoir autour d’une table et à grignoter des “mise en bouche” en attendant la représentation de la pièce “Il était une fois la République”.
Victor
(texte écrit le 9 avril 2007)
mercredi 4 juillet 2012
mardi 3 juillet 2012
Fièvre affreuse
Elles ne sont pas aimées. Déjà au début du XXe siècle les anarchistes de tout poil réclamaient à grand cri leur mort.
Depuis cela ne s’est pas arrangé et au moindre prétexte ce sont des interdictions de se rassembler qui sont édictées par les autorités. Et pourtant il ne s’agit pas de bandes de jeunes dans les entrées des HLM !
Plus grave encore (mais que font les ONG ?) il y a eu des autodafés dans certains pays au début de ce siècle et des menaces pèsent encore sur elles en cette fin de semaine. Et là pas de chance, Cécilia est en vacances !
Elles ont eu leur époque de gloire quand il fallait aller chercher le lait à la ferme et attendre la traite pour repartir avec un bidon plein du précieux liquide encore chaud. Aujourd’hui c’est vrai, le berlingot en carton paraffiné est plus anonyme et la provenance de son contenu peut faire question.
On les voyait alors sur les écrans de cinéma et dans le magazine “La vie du rail” où elles servaient de faire valoir aux acteurs à la mode et aux instantanés de trains des photographes ferroviaires…
Et le grand-père racontait à sa petite fille que si elle ne buvait pas son lait au petit déjeuner, la vache pleurerait, et c’est vrai, dans l’étable elle pleurait.
Avec leurs yeux humides et leurs mouvements de têtes, elles sont belles et tranquilles les blanches, les brunes, les noiraudes, les tachetées.
Il faut les voir ruminant tranquillement dans les prés verts, chassant les mouches d’un geste précis et répétitif de la queue.
Il faut voir les copines, en marge du troupeau, échappant à la vigilance de la bête dominante, qui vont par deux en se suivant et se “léchouillant” le cou de leur grosse langue râpeuse.
Il me revient le souvenir sonore des innombrables cloches qui tintaient à leur cou dans les alpages du Haut Dauphiné à une époque bénie où l’on ne parlait du loup que dans les contes de Perrault avant que les petits enfants s’endorment, sans doute pour que leur nuit soit remplie de cauchemars !
En fait, j’ai honte car dans le même temps, je me rappelle les soirées de convivialité entre étudiants barbus, dans une petite chambre de bonne, avenue de Versailles à Paris, autour d’immenses côtes de bœuf arrosées d’un bon vin du Sud-Ouest.
J’avoue, je ne suis pas végétarien.
Victor
(texte écrit le 5 août 2007)
samedi 30 juin 2012
Sans objet
« Je ne veux pas faire tache ! » Trace d’hémoglobine sur la chaussée, peinture imitant une flaque de sang sous la neige poudreuse qui vient de tomber.
Projet n° 493, Renzo Piano et Richard Rogers : empilement de plateaux libres en relation directe avec la grande place.
Les toiles sont accrochées dans les salles, profusion de formes et de couleurs sur les murs blancs. L’un des cartels porte l’inscription « Tableau à la tache rouge - 1914 ».
Au début il y a rencontre avec des paysages d’une Russie rêvée, souvenirs d’enfance évoquant les illustrations populaires en vogue à Paris au début du siècle dernier. Puis, peu à peu, la peinture change et se libère de toute référence au réel. Les toiles traversées parfois encore par la mémoire du Chaman cavalier deviennent abstraction.
« Peinture avec un cercle - 1911 ». La fiche de présentation précise que c’est à cette date que Kandinsky peint ce qu’il appellera sa « première toile abstraite », une composition organisée à partir de masses colorées de différentes densités parmi lesquelles un cercle tracé dans la partie supérieure droite de la toile, qui se regroupent autour d’une forme noire.
La disparition de l’objet a remémoré quelques vers de Mallarmé, un poème qui bannit toute inspiration lyrique. Les mots couchés sur la feuille de papier ne décrivent plus, ne racontent plus. Ils sont ordonnés dans une syntaxe dont l’intention est de produire un effet : éveiller chez le lecteur des impressions et des sentiments.
La combinaison des couleurs et des formes participent de cette grammaire. Elle véhicule, telle une musique, émotion et sensations. La poésie d’un monde créé de toute pièce par l’artiste, ne répondant qu’à « la nécessité interne au tableau », s’impose à celui qui au travers les salles déambule au fil des lieux et des époques de la vie du peintre.
« Peindre non la chose, mais l’effet qu’elle produit. Le vers ne doit donc pas, là, se composer de mots, mais d’intentions, et toutes les paroles s’effacer devant les sensations… », écrivait Mallarmé en 1864.
Le vocabulaire pictural change, les formes colorées deviennent géométriques. Point, ligne et plan se confrontent au jaune, rouge, bleu dans des compositions spatiales plus épurées. Élan cosmique de la « Composition VIII » de 1923 combinant des éléments géométriques abstraits où des cercles, transparents ou non, de toutes tailles et de toutes couleurs parsèment la toile, surface rythmée par des formes triangulaires et barrée par endroit de fines lignes noires.
Puis nouveau tournant dans la manière de peindre. La gamme chromatique devient plus tendre, la peinture apaisée et sereine. « Bleu du ciel » en 1940 comporte une myriade de petits êtres biomorphiques qui semblent flotter dans un placenta bleuté, crevettes et embryons multicolores relevant d’un monde cellulaire microscopique.
C’est la fin du parcours. La lumière du soir, diffuse à travers une baie et conduit le regard vers le tableau rougeoyant du ciel éclairé par le soleil qui se couche au dessus des toits de la ville…
Après l’exposition Kandinsky au Centre Pompidou.
Victor
(texte écrit le 19 décembre 2009)
vendredi 29 juin 2012
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