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jeudi 3 mai 2018

Déambulation rétrospective dans l’actualité immédiate

jours de paresse au printemps
il pleut toujours où c’est mouillé
mais le muguet tarde à fleurir
dans les champs libres de la pensée

vous me direz c’est beau dehors
la mer s’est retirée maintenant
et la plage sous les pavés de Mai
rêve encore incertaine et fragile 
d’invisibles résistances à venir
de nouvelles zones à défendre
et de mains tendues sur les chemins
dans l’odeur âcre des lacrymogènes

ça m’intéresse bien cette ballade
de mots tissés de haute lice 
dans la trame serrée de l’histoire
loin de toutes les récupérations
des nantis en smoking et brillantine
déblatérant à l’ombre de l’œil complice
des caméras de média-surveillance
leur grand récit national officiel

une issue serait-elle encore possible
pour ne pas faire bande à part
dans le corridor noir d’un monde
qui rend désormais illisibles les idées

Victor



« Des idées que l’esprit ajoute à celles qui sont précisément signifiées par les mots… » 

Élisabeth Ballet à propos de l’exposition Tout en un plus trois



(Texte écrit le 29 avril 2018)

dimanche 15 avril 2018

Le vert et le rouge




© Victor

Libre regard photographique sur un tapis en forme de cercle de menthe séchée juxtaposé à un autre de piments rouges (exposition de Kader Attia Les racines poussent aussi dans le béton)

mardi 19 septembre 2017

Rêve sombre

J'ai rêvé de deux lettres majuscules blanches peintes sur le dos râpé d'une vieille capote kaki, col relevé et calot enfoncé jusqu'aux oreilles. De longs baraquements en bois étaient transis sous la neige de Poméranie et des stalactites de givre s’accrochaient aux épines du concertina qui enserrait les vieux uniformes en déroute dans un stalag mité, grouillant de doryphores. 

On pouvait entendre dans la forêt alentour, au delà des miradors, le grincement des branches sous le vent. C’était l’inespoir d'un homme jeune arraché à sa famille au terme d'une drôle de guerre qu’il n’avait pas faite, d’un prisonnier qui, dans le dénuement, la promiscuité et l'odeur des latrines, n’avait plus que la peau et les os de ses compagnons d'infortune comme seul avenir, comme seule raison de vivre.

J’ai voulu imaginer Croquignole et Marjolaine qui attendaient au bord de l’océan, inquiètes de la tourmente qui arrivait. Mais elles se sont évanouies dans les brumes du passé, formes inachevées, mouvantes, qui se déformaient sans fin, reconstituant peu à peu la réalité d’un vieil hôpital dont les couloirs lugubres en cette fin de journée d’hiver résonnaient de plaintes incessantes et douloureuses.

C’était le cri d'une vieille femme qui disait sa souffrance et sa peur à qui ne pouvait l’entendre au terme d’une vie qui suintait encore dans ses veines, goutte à goutte, sans raison ni désir. C’étaient les (im)patients isolés dans l’angoisse de leurs chambres qui réclamaient un peu d’attention aux blouses blanches ou bleues et pressaient le bouton de la sonnette d'appel, redoutant d'être rabroués pour des dérangements trop fréquents. 

Les lampes accrochées sous les voûtes des galeries couvertes diffusaient une lueur blafarde dans l’obscurité naissante et l’Ankou qui rôdait en ce lieu enveloppait de son ombre les corps décharnés qui ne pouvaient trouver la paix dans leurs draps trop chauds, trop souillés. 

Ce fut le surlendemain que le balancier de cuivre de la pendule cessa de battre… et celle qui était partie n’en remontera plus le poids.

Victor

(Texte écrit le 19 septembre 2017)