Bandeau

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jeudi 20 juin 2019

À la terrasse







































© Victor

Fausse nouvelle

Cinq ans avaient passé. La flèche de Viollet-le-Duc n’était pas reconstruite et Paname encore meurtrie s’apprêtait à organiser les jeux olympiques. Les gilets jaunes ne défilaient plus sur les Champs, le fond de l’air n’était pas rouge, mais pollué. La lumière du soleil éclairait la Cité d’une lueur douloureuse à travers l’atmosphère saturée de NOx et les particules fines s’infiltraient dans les bronches des citadins et des sportifs.

C’est alors que des ours ont envahi Paris. Ils s’étaient installés sur le boulevard Saint-Marcel et certains d’entre eux, les plus hardis sans doute, s’affichaient déjà aux terrasses des cafés sur l’avenue des Gobelins en remontant vers la Place d’Italie. On les reconnaissait facilement à leur démarche chaloupée, jambes arquées, tels des cowboys dans les westerns spaghettis. Le poil ras et noir, museau orangé, ils arboraient un collier blanc sur la poitrine. Ils étaient de petites tailles ces ours chien, ces « arrivants » qui avaient quitté l’Asie pour ne plus se faire de bile. Ils étaient plutôt de tempérament gai et espiègle et ne présentaient pas d’agressivité particulière. Dans la journée, ils aimaient se vautrer derrière les vitrines des boutiques ouvertes sans déranger le chaland, ou bien grimper sur les mâts des lampadaires et les balustrades Guimard qui entouraient les stations de métro, pour s’asseoir et faire une petite sieste. Mais la nuit tombée, la vie reprenait ses droits et l’activité était à son comble. C’étaient des rôdeurs solitaires ou parfois une femelle avec ses petits,  qui s’immisçaient dans tous les recoins des rues, voire dans les habitations si par malheur une porte était mal fermée ou une fenêtre entrouverte,  pour chaparder tout ce qui était bon à servir de nourriture. 

Les quelques bosons dopés au LHC, en planque derrière les murs de l’Université Pierre et Marie Curie, qui observaient ce remue-ménage, étaient tout excités par leurs récentes courses effrénées et les innombrables collisions auxquelles ils avaient été soumis. Ils voyaient d’un mauvais œil les événements actuels et étaient prêts à en découdre. C’étaient alors des nuits pleines de chuchotements et de conciliabules où avec gravité, les gluons, les photons, les bosons W, ces derniers plus ou moins positifs,  discutaient de ce qu’il convenait de faire pour éviter que cela dégénère. Le plus déterminé de tous, le Higgs était rarement présent à ces discussions et toujours d’une manière très éphémère. Aussi rien n’avançait et « l’axion » restait hypothétique. Mais au cœur d’une nuit sans lune, tel un bruit sourd venant d’outre-tombe, le lointain cousin d’un diable de Tasmanie échappé du Jardin des Plantes prit la parole devant cet aréopage de particules. Le noblaillon évoqua le hasard et la nécessité et suggéra d’affamer ces envahisseurs friands de miel en s’attaquant à leurs subsistances : rien de tel que des colonies de frelons à pattes jaunes, pour anéantir les ruchers. Ainsi dit, ainsi fait. Bientôt les ours faméliques durent quitter la capitale tandis que des rumeurs effarées et confuses bourdonnaient dans la ville.

Victor

(Texte écrit le 9 juin 2019)


lundi 18 juin 2018

jeudi 3 mai 2018

Déambulation rétrospective dans l’actualité immédiate

jours de paresse au printemps
il pleut toujours où c’est mouillé
mais le muguet tarde à fleurir
dans les champs libres de la pensée

vous me direz c’est beau dehors
la mer s’est retirée maintenant
et la plage sous les pavés de Mai
rêve encore incertaine et fragile 
d’invisibles résistances à venir
de nouvelles zones à défendre
et de mains tendues sur les chemins
dans l’odeur âcre des lacrymogènes

ça m’intéresse bien cette ballade
de mots tissés de haute lice 
dans la trame serrée de l’histoire
loin de toutes les récupérations
des nantis en smoking et brillantine
déblatérant à l’ombre de l’œil complice
des caméras de média-surveillance
leur grand récit national officiel

une issue serait-elle encore possible
pour ne pas faire bande à part
dans le corridor noir d’un monde
qui rend désormais illisibles les idées

Victor



« Des idées que l’esprit ajoute à celles qui sont précisément signifiées par les mots… » 

Élisabeth Ballet à propos de l’exposition Tout en un plus trois



(Texte écrit le 29 avril 2018)

dimanche 15 avril 2018

Le vert et le rouge




© Victor

Libre regard photographique sur un tapis en forme de cercle de menthe séchée juxtaposé à un autre de piments rouges (exposition de Kader Attia Les racines poussent aussi dans le béton)